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Le dossier relatif à l’acquisition d’une nouvelle drague par la Congolaise des Voies Maritimes (CVM-SA), sous la direction générale de Jeanne Blandine Kawanda Walwom, continue d’alimenter les débats dans la presse et sur les réseaux sociaux.
Présentée dans certains titres comme une affaire de « tentative de détournement de 44 millions de dollars », cette qualification fait toutefois l’objet de contestations de la part de la défense de l’ancienne dirigeante, qui appelle à distinguer les faits établis des accusations encore non démontrées.
Un contrat de 38,8 millions d’euros, pas 44 millions de dollars
Selon les éléments avancés pour rétablir les faits, le contrat conclu avec le constructeur néerlandais Royal IHC s’élève à 36 millions d’euros pour la construction de la drague. À cette somme s’ajoutent 2,8 millions d’euros destinés à l’assistance technique et au renforcement des capacités.
Le montant total de l’opération est donc de 38,8 millions d’euros.
La question centrale demeure dès lors : sur quelle base parle-t-on de 44 millions de dollars « détournés » ?
La défense souligne qu’un montant contractuel ne peut, à lui seul, être assimilé à un détournement. Pour établir une infraction de cette nature, il faudrait notamment identifier les fonds concernés, leur destination, leurs bénéficiaires éventuels ainsi que le préjudice subi par l’État.
Une procédure qui se voulait formelle
Toujours selon les explications fournies, l’acquisition n’aurait pas été menée dans la clandestinité. La procédure aurait bénéficié des autorisations requises, notamment de l’autorisation spéciale de recourir au gré à gré ainsi que de l’avis de non-objection de la Direction générale de contrôle des marchés publics (DGCMP).
Une offre concurrente aurait également été examinée avant que Royal IHC ne soit retenu, cette dernière étant présentée comme moins coûteuse.
Le constructeur néerlandais aurait par ailleurs communiqué publiquement sur l’opération avant même la suspension de Jeanne Blandine Kawanda.
Des enquêtes ouvertes depuis août 2025 : pourquoi aucune conclusion ?
Un autre élément est désormais mis en avant : les enquêtes diligentées depuis août 2025.
Une interrogation se pose ainsi : si ces investigations avaient effectivement permis de confirmer les faits incriminés, pourquoi le dossier ferait-il encore l’objet d’un débat public aujourd’hui ?
La défense pose la question autrement : si les éléments constitutifs d’une infraction avaient été formellement établis depuis lors, la responsable n’aurait-elle pas déjà été déférée devant la justice ?
Cette interrogation ne constitue pas, en elle-même, une preuve d’innocence. Elle souligne toutefois la nécessité de connaître les conclusions officielles des enquêtes avant de transformer des soupçons ou des contestations administratives en accusations pénales définitives.
Trois mois de suspension, sans salaire
Jeanne Blandine Kawanda a été suspendue le 11 mai 2026, pour une période présentée comme conservatoire de trois mois, avec ouverture d’une enquête.
Depuis cette suspension, elle serait privée de salaire et continuerait néanmoins à supporter ses dépenses personnelles, selon les éléments communiqués par son entourage.
Cette situation soulève également des interrogations sur les conséquences humaines et financières d’une procédure qui se prolonge, alors même qu’aucune condamnation pénale n’aurait été prononcée à son encontre.
Conseil d’État : aucune décision définitive à ce stade
Autre point contesté : l’affirmation selon laquelle Jeanne Blandine Kawanda aurait été « déboutée » par le Conseil d’État.
Les éléments communiqués soutiennent au contraire que la procédure devant cette juridiction serait toujours en cours et qu’aucune décision définitive n’aurait encore été rendue.
Il convient donc, à ce stade, de ne pas présenter une procédure administrative en cours comme une condamnation judiciaire.
La gestion de la CVM-SA ne se résume pas à une seule drague
Les défenseurs de l’ancienne direction estiment également que les trois années de gestion de la CVM-SA ne devraient pas être réduites au seul dossier de la drague.
Ils mettent notamment en avant les efforts consacrés à l’assainissement de la situation financière de l’entreprise, au règlement des arriérés hérités, notamment salariaux, ainsi qu’à la prise en charge régulière des salaires courants.
La modernisation de l’outil de dragage est, par ailleurs, présentée comme une nécessité opérationnelle pour une entreprise qui recourt depuis plusieurs années à la location de dragues, une pratique jugée coûteuse.
Accusations, enquêtes et condamnations : ne pas tout confondre
Dans ce dossier, une distinction demeure essentielle : une enquête n’est pas une condamnation et une contestation administrative ne constitue pas automatiquement un détournement de fonds publics.
La question de fond reste donc celle des preuves.
Où sont les 44 millions de dollars prétendument détournés ? À qui auraient-ils été versés ? Sur quel compte ? Pour quel bénéficiaire ? Quel montant Jeanne Blandine Kawanda aurait-elle personnellement perçu ? Quel préjudice précis aurait été causé à l’État ?
Tant que ces questions ne trouvent pas de réponses documentées et établies par les autorités compétentes, la prudence s’impose.
La presse a pour mission d’informer et d’interroger. Elle ne peut toutefois se substituer au juge.
Réformer peut aussi susciter des résistances
Les proches de l’ancienne direction estiment enfin que les réformes engagées au sein de la CVM-SA ont pu provoquer des résistances, notamment lorsqu’il s’agit de renforcer les procédures, de réduire certaines pratiques anciennes et d’imposer davantage de rigueur dans la gestion.
Cela ne dispense évidemment pas les gestionnaires publics de rendre des comptes. Mais les responsabilités doivent être établies sur la base de faits, de documents et du droit, plutôt que par des titres sensationnalistes ou des accusations non étayées.
EN CONCLUSION : 38,8 MILLIONS D’EUROS NE FONT PAS 44 MILLIONS DE DOLLARS DÉTOURNÉS
Le dossier CVM-SA mérite certainement d’être examiné avec sérieux. Les marchés publics doivent être contrôlés et toute irrégularité doit, le cas échéant, être sanctionnée.
Mais l’exigence de transparence doit aller de pair avec celle de la rigueur.
Un contrat de 38,8 millions d’euros n’est pas, en soi, un détournement de 38,8 millions d’euros — encore moins la preuve d’un détournement de 44 millions de dollars.
Accuser n’est pas prouver.
Enquêter n’est pas condamner.
Un contrat n’est pas un détournement.
Et informer n’autorise pas à déformer.
La justice suit son cours. Reste désormais à savoir ce que les enquêtes et les juridictions compétentes établiront définitivement dans ce dossier.
Par Armand mumbilay

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